Dans un théâtre il y a des spectacles …mais pas que ! Ici on vous dévoile les secrets de la programmation du Grand Bleu, les dessous de l’action culturelle et les coulisses de la maison. Car chaque projet est unique, nous souhaitons vous faire partager nos rencontres, nos échanges, nos découvertes. Nous attendons vos retours, commentaires, proses en tout genre…poèmes, déclarations !
Ces derniers mois, et de plus en plus ces derniers jours, nous avons beaucoup parlé de la "crise des intermittents", de grèves, d'annulation de spectacles et de festivals...
Au Grand Bleu, structure culturelle travaillant avec des intermittents du spectacle, artistes et techniciens, nous sommes particulièrement inquiets de cette situation.
Voici quelques éléments pour comprendre ce qui se passe.
* Les intermittents, c'est qui? c'est quoi?
Les intermittents, ce sont des comédiens, régisseurs sons, danseurs, créateurs lumières, musiciens, administrateurs de production, scénographes, chorégraphes, directeurs techniques, metteurs en scène, costumiers... sans qui les structures culturelles (comme le Grand Bleu, par exemple) n'auraient pas de raison d'exister, parce que ce sont eux, principalement, qui créent les spectacles.
Être "intermittent", ce n'est par contre pas un métier mais un statut spécifique, créé en 1936, pour ceux qui travaillent "par intermittence".
Pourquoi?
Parce que le secteur de la création implique des périodes d'activité intenses, et d'autres pendant lesquels ces créateurs ne sont pas salariés (ils sont donc au chômage), ce qui ne veut pas dire qu'ils ne travaillent pas : ils prospectent, préparent, imaginent les spectacles, par exemple.
Parce qu'ils travaillent successivement et alternativement pour plusieurs projets, et donc pour des employeurs différents.
De par la spécificité de leur profession, les artistes et techniciens ont donc la possibilité d'avoir accès à un régime spécifique quant au chômage, les protégeant.
Tous les artistes et techniciens n'ont cependant pas ce statut, qui nécessite des conditions d'accès un peu complexes (soit 507 heures sur 10 mois et demi pour les artistes et 507 heures sur 10 mois pour les techniciens).
* Quel est le problème ?
Le 22 mars dernier, certaines organisations syndicales (patronales et salariales) se sont réunies (au sein de l'UNEDIC - l'association de qui gère l'Assurance chômage en France) pour établir ensemble une nouvelle convention pour l'assurance chômage.
Cette convention concerne donc tous les secteurs d'activité : les chômeurs dits "de régime général", mais aussi ceux qui ont des dispositions particulières, c'est à dire les intérimaires, les marins, les journalistes,... et aussi les intermittents.
A la suite de cet accord, cette nouvelle convention a été signée par les partenaires sociaux le 14 mai. C'est cette convention qui est actuellement contestée par les intermittents et par la CGT (qui ne l'a pas signée).
Pourquoi?
Parce qu'elle ne prend pas en compte les propositions alternatives de réforme qui ont été établies à la suite d'un long travail de réflexion par un "Comité de Suivi" (composé de parlementaires, de représentants syndicaux, de sociologues, d'économistes etc.).
Ces préconisations, pour un volume d'économies similaire, permettraient une répartition plus solidaire des allocations, et éviteraient une trop grande précarisation des intermittents aux plus faibles revenus.
* Et la suite ?
La convention UNEDIC, pour être validée, doit être agréée par le Ministre du Travail, M. François Rebsamen.
Cette convention ayant été signée sans prendre en compte le travail du Comité de Suivi, les intermittents demandent au Ministre du Travail de ne pas agréer ce texte, et de reprendre les négociations pour aboutir un véritable accord.
Malgré tout, le gouvernement a indiqué hier son intention de valider le texte, pour une mise en vigueur au 1er juillet.
Il existe une pétition adressée aux Ministres du Travail et de la Culture, pour leur demander de ne pas valider cet accord, et de prendre en compte les propositions alternatives.
Toutes les contributions sont les bienvenues : jeunes (ou non), spectateurs, parents, enseignants, participants à des ateliers...
* Pour aller plus loin...
- Un article du Monde, daté du 10 juin, qui résume un peu "les épisodes précédents", si vous n'avez rien suivi à la crise des intermittents,
- Un article de Sud Ouest, daté du 17 juin, qui résume le conflit (et les enjeux "techniques" de la réforme) en 4 questions,
- le blog de la coordination des InterLuttants 59-62, collectif de salariés intermittents du spectacle Nord-Pas-de-Calais,
- le décryptage de l'accord UNEDIC, proposé par la coordination des InterLuttants 59-62,
- l'édito éco de Nicolas Doze, sur BFM TV (vidéo en bas de page),
- le rapport "Quelle indemnisation chômage pour les intermittents du spectacle?", daté de février 2014, par Olivier Pilmis et Mathieu Grégoire, qui analyse et modélise les différentes propositions de réforme, et notamment celles établies par le Comité de Suivi.
- La lettre ouverte au premier ministre par le SYNDEAC (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles)