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Dans un théâtre il y a des spectacles …mais pas que ! Ici on vous dévoile les secrets de la programmation du Grand Bleu, les dessous de l’action culturelle et les coulisses de la maison. Car chaque projet est unique, nous souhaitons vous faire partager nos rencontres, nos échanges, nos découvertes. Nous attendons vos retours, commentaires, proses en tout genre…poèmes, déclarations !

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Retour à l'école primaire...

par Jérémy, du comité de jeunes spectateurs

 

L’autre jour, je suis venu voir Cuisses de grenouille. Comme d’habitude, j’avais lu assez rapidement la présentation sur la plaquette, mais je ne m’attendais à rien de particulier (cet état d’esprit me permet d’être toujours surpris et finalement d’être assez rarement déçu). Et là, je pousse la porte du théâtre, et j’ai l’impression de revenir dans mes toutes jeunes années, le temps où je me promenais avec mes billes et où je n’avais pas encore toutes mes dents. Une salle remplie d’élèves de primaire, je me suis dit : qu’est-ce-que je fais ici ? Est-ce qu’on m’a mal conseillé sur le spectacle ? Est-ce seulement pour les jeunes publics ?

 

Et là le spectacle commence. L’histoire est finalement assez simple : une petite fille passionnée par la danse, ses parents l’envoient prendre des cours. Elle est alors sélectionnée pour la représentation d’un spectacle, mais cela la stresse. Sa professeur, virtuose ne l’encourage qu’à travailler plus. Le spectacle a lieu, elle est applaudie et c’est fini. Présenté comme ça, ce n’est pas super vendeur. Mais finalement, cette progression de Cuisse de grenouille n’est qu’un prétexte pour évoquer la vie d’une salle de spectacle et de ses occupants. Et je pense que c’est la force de cette pièce : une lecture pour les plus jeunes, avec  de la danse, des jeux de mots et des personnages attachants, et pour les plus avertis, une réflexion sur l’artiste.

 

« Mais ce n’est pas du gigot, c’est de la danse ! »

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 Le malheur et l’incompréhension collent à la peau de l’artiste depuis les vers de Baudelaire. Cette idée est présente dans la pièce. Les parents de Cuisses de grenouille ne comprennent pas l’agitation perpétuelle de leur fille, et lui demandent toujours d’arrêter de gigoter partout. Cela est impossible pour elle, qui a besoin de danser pour se sentir bien. Qui un jour a eu du mal à se retenir de tuer son voisin qui apprenait la trompette, où d’abattre à coup de masse un mur fraîchement taggué ? L’expression artistique de certains peu parfois sembler déroutante, mais finalement elle correspond à un besoin de partager et de se réaliser.

 

Illusions


La troupe nous fait part d’une sorte de tradition au Bolchoï. L’hiver, le théâtre est ouvert pour le grand nettoyage avec le retour des comédiens. De nombreux oiseaux trouvent alors refuge dans le bâtiment. Des aveugles sont alors engagés et la légende raconte qu’ils arrivent à les apprivoiser et à les faire partir. A ce moment-là, des oiseaux arrivent sur les bras des acteurs. Et là, d’un seul murmure, les enfants ne peuvent s’empêcher de dire « C’est des vrais ou des faux ? ». L’illusion marche bien les premières secondes, mais le caractère très statique des oiseaux nous fait peu à peu douter. Néanmoins, la troupe a réussi à nous plonger le doute, et à remettre en question ce que nos yeux veulent bien nous transmettre de la réalité. L’artiste a l’art et la manière de jouer avec le réel, d’en faire une matière malléable à souhait.

 

La mise en danger de soi


Nous apprenons assez vite le secret de la professeur de Cuisses de grenouille. Elle a été dans le temps une virtuose de la danse, et les gens venaient l’admirer tourner sur elle-même. Mais un jour, sa longue chevelure l’a fait chuter, à la grande stupéfaction de tous. Depuis, elle s’est forgée cette carapace qui lui donne un air sévère, mais qui permet à ses élèves de progresser rapidement. L’artiste prend ce risque en se donnant devant nous sans être insensible aux critiques, aux erreurs, aux attaques… Il faut, comme pour toute activité, avoir beaucoup de recul sur soi et sur ses relations avec les autres pour pouvoir en sortir indemne.

 

Ne pas avoir peur du noir


Le machiniste se déplace toujours avec sa lampe frontale, histoire de faire fuir l’obscurité. Les danseuses n’ont que leur aura et les projecteurs pour briller. Et une fois leur temps passé, elles doivent laisser la place à leurs successeurs. Cette insécurité est assez angoissante, pour quiconque espère vivre de sa passion.

 

L’artiste, un voleur de temps


Combien de temps passons-nous dans notre vie à écouter de la musique, regarder des films, lire des livres, aller au théâtre ou à l’opéra, se promener dans des musées, dessiner ou encore écrire ? L’art prend généralement dans nos vies une part non négligeable de notre temps, lui qui est si précieux et si souvent mis en cause dans les « J’ai pas le temps de faire ci, j’ai pas le temps de faire ça ». Mais finalement, sans les artistes, notre vie serait bien triste et monotone, car après tout notre imaginaire ne demande qu’à être stimulé, et qui le fait mieux qu’un bon livre ou qu’un air de musique aux accents exotiques. Depuis le début de cet article, j’ai pu tout à fait être à côté de la plaque, mais une chose est sure : je n’ai pas vu le temps passer assis dans mon fauteuil rouge !

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