Vendredi 4 mai 2012
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Le lecteur assidu du blog du Grand Bleu, le spectateur régulier du Grand Bleu ou encore mieux le spectateur régulier lecteur assidu du blog du Grand Bleu ne sera
pas passé à côté de In Vitrine.
Pièce la plus cynique (à mon avis) de la programmation du théâtre cette année pose la question du bonheur. Est-il encore accessible dans notre société
rythmée par la consommation et les conventions sociales ? Les relations entre les êtres que nous sommes sont-elles condamnées à rester superficielles au point que seules les photos de nos soirées
nous permettent de nous convaincre de notre bonheur ? Ce sont, entre autres, les questions posées par la pièce.
On peut lire dans l’avis du jury adolescent du festival Kicks ! 3.0 dans l’article du 30 mars « La pièce décrit la vie actuelle ». Tous les gens qui auront pu
voir la pièce sont sortis avec ce sentiment. Celui d’avoir assisté à une fresque des relations de l’Homme moderne, où les personnes n’arrivent plus à communiquer et où les gens se sentent heureux
parce que la situation leur demande et non parce qu’ils le sont.
Nos esprits aiguisés font le diagnostic suivant : l’Homme a peur de ne pas être heureux. Fini le temps où être heureux était réservé aux riches. Maintenant, tout le
monde peut prétendre à la quête du bonheur. Livres de développement personnels, séminaires et stages, réseaux sociaux, ou encore les sectes : tout le monde nous propose sa recette du bonheur afin
que les êtres éphémères que nous sommes profitent au maximum de notre court passage à la surface de la Terre. Cela passe par une volonté de contrôler tout ce qui se produit autour de nous, car
les plannings nous rassurent, au détriment de la spontanéité de l’imprévu et de la richesse de l’inconnu.
Ainsi, la fête d’anniversaire va passer par de nombreux passages obligés, a pplication de la recette de l’anniversaire surprise qui ne peut aboutir qu’à une réussite. Nous pouvons voir aussi une nécessité de montrer son bonheur à qui veut bien le voir.
Durant le spectacle, nous sommes l es intrus tolérés de cette fête d’anniversaire, tolérés car sans notre regard,
Alice et ses compères ne pourraient pas montrer leur bonheur, et par la même occasion se sentir heureux.
Cette peur de ne pas être heureux se double d’une peur de la mort, de ne pas pouvoir profiter assez de son temps imparti. Les amis d’Alice vont lui rappeler les
nombreuses fois où elle a frôlé la mort durant l’année passée et célébrer sa « survie ». Ils insistent sur le fait qu’elle doit vivre le plus longtemps possible dans leur petite vidéo. Ils vont
même jusqu’à effacer les frontières de la mort en faisant revenir ses parents. Cette peur de la mort peut aussi se sentir par une chasse au silence dans la pièce : les personnages préfèrent se
parler au risque de tomber dans l’absurde plutôt que de ne rien dire, comme pour se convaincre qu’ils étaient encore vivants.
La mort, malgré toutes ces précautions, fait tout de même son entrée en scène puisqu’Alice meurt à la fin de la pièce. Cette vision de la modernité ne sera jamais
remise en question, la sortie du public étant programmée, comme le reste des événements de la pièce. Vous pourrez même repartir avec la photo qui vous permettra de voir que vous avez été heureux
ce soir.
Alors, c’est fini, on rentre chez nous et on fait semblant d’être content de savoir cette affreuse vérité ?
Non, j’ose affirmer que le bonheur est là parmi nous, et qu’il suffit d’ouvrir les yeux.
D’après Wikipédia, le bonheur est « Le bonheur est un état durable de plénitude et de satisfaction, état agréable et équilibré de l'esprit et du corps, d'où la
souffrance, le stress, l'inquiétude et le trouble sont absents ».
Bon, ça à l’air cohérent, puis c’est Wikipédia, donc on peut faire confiance.
On a alors un exemple avec pour légende : « Le bonheur se lit sur le visage de cet enfant ».
Dès lors que nous connaissons la définition et que nous avons vu ce qu’est le bonheur, comment y accéder ?
- 1ère méthode : prenez la même expression que sur le visage de cette jeune fille. Le bonheur pourra alors se lire sur votre visage, et vous serez
donc heureux. Facile à faire, mais le résultat n’est pas garanti.
- 2e méthode : partez aux Etats-Unis (ou en fac de droit). La constitution américaine nous dit « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes
les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du
bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. ». Les lois américaines vous permettent donc
d’accéder au bonheur. Vous aurez donc besoin d’étudier un peu la législation des Etats-Unis, mais nul n’est censé ignorer la loi.
- 3e méthode : celle-là, c’est celle en quoi je crois, elle vaut ce qu’elle vaut, mais bon ça peut peut-être marcher pour vous : « le bonheur,
c’est un état d’esprit ». Considérez que vous pouvez être heureux, voyez les différents événements de votre vie d’un œil positif, et fixez-vous des priorités à respecter. Admettez aussi
qu’on ne peut pas être toujours heureux, qu’il y a des moments où l’on est obligé de faire des choses qui nous déplaisent, et que l’ennui permet à votre cerveau de se reposer un peu et de faire
le point sur votre propre vie.
C’est plus une philosophie qu’une clé, et cela va de pair avec des loisirs qui vous plaisent, des gens avec qui vous riez et bien sûr une alimentation équilibrée.
Vous ne serez pas heureux 24h/24, mais vous saurez quoi répondre à Alice et ses amis en sortant du spectacle. Un petit d’argument d’autorité au cas où vous ne seriez pas convaincu, c’est Lao Tseu
qui l’a dit : « Il n'y a point de chemin vers le bonheur : le bonheur c'est le chemin ».
Jérémy